Heureux comme un transsexuel en prison?

Publié le par Kouka.Garcia

6a010535fc08ed970c0120a847ab7f970b-320wiLa Toscane a choisi une manière inédite de remplir un de ses établissements pénitentiaires, quasiment vidé de ses détenues lors de la dernière amnistie (20 agents sont cependant restés en service). Il s'agit de celui de Pozzale, à Empoli, établissement modèle en matière de réinsertion de détenues ex-toxicomanes, qui offre cellules individuelles, grande bibliothèque, cours de rattrapage scolaire, potager, terrain de sport, serre, petite production d’huile d’olive et de vin…
L'établissement sera désormais réservé exclusivement aux transsexuels (1), qui représentent une petite partie de la population carcérale en Italie (une centaine), et qui sont difficilement (euphémisme) acceptés par les détenus "normaux". Les "trans" doivent ainsi être le plus souvent placés en isolement, avec des horaires de promenade différents. Fin mars, 30 détenu(e)s transsexuel(le)s devraient prendre leurs quartiers à Pozzale, qui leur garantira, en plus des nombreuses activités visant à leur réinsertion, la poursuite de leur traitement hormonal


Les associations transsexuelles et Vladimir Luxuria, ancien député très engagé dans la défense des droits des gays et des trans et récent vainqueur d’un reality show très populaire en Italie (voir post précédent), se sont déclarés très satisfaits de cette mesure, destinée à éviter humiliations et mauvais traitements (l'Italie a un taux très élevé d'agressions et de meurtres de trans). La communauté transsexuelle a donc eu de nouveau les honneurs de l'actualité, après avoir été très présente ces derniers temps dans les rubriques société, politique et faits divers des gazettes italiennes...
Récemment, plusieurs prostituées trans, au centre d'un triptyque sexe-drogue-videotapes, ont en effet fait couler beaucoup d'encre et attiré l'attention des médias sur cette "minorité" très visible en Italie, dont certains membres se prostituent et comptent parmi leur clientèle assidue nombre de politiques, riches héritiers et pères de famille ordinaires.

Mais ce traitement carcéral de "faveur" réservé aux transsexuels en a fâché certains, qui accusent Empoli d'offrir un hôtel "5 étoiles" à une infime minorité de la population carcérale aux frais du contribuable et qui ne manquent pas d'évoquer le paradoxe de la situation actuelle.

En effet, si l’Italie compte quelques oasis de tranquillité (certains établissements ont même plus d’agents que de détenus), si certains instituts pénitentiaires d'"avant-garde" réussissent de manière virtuose à appliquer l’article 27 de la Constitution (qui prévoit que les peines de prison ne peuvent consister en des traitements inhumains et doivent tendre à la rééducation du condamné) et si les juges d'application des peines concèdent souvent des régimes de semi-liberté (sans faire d'exception pour les condamnés pour faits de terrorisme pendant les années de plomb), le pays est malheureusement confronté aux mêmes problèmes de surpopulation carcérale qu’en France.

Comme la France donc, le Bel Paese est l’objet de condamnations de la part de la Cour européenne des droits de l’homme pour ses conditions de détention, jugées "dégradantes" et assimilées à de la torture, s'exposant à des amendes d'un montant surréaliste. Près de 65.000 individus se retrouvent ainsi dans des établissements qui n'offrent que 43.000 places et les détenus arrivent à s'entasser à 6 dans 9 m2. Les amnisties contribuent à vider (un peu) les prisons, mais seulement temporairement. Le taux de "remplissage" reste constant, notamment du fait de l'incarcération de nombreux étrangers pour délit de séjour irrégulier.

Les détenus bénéficient en moyenne de moins de 2 m2 par personne dans les cellules surpeuplées, alors que le comité européen pour la prévention de la torture et des traitements inhumains a fixé l’espace "minimum vital" à 7 m2…Et les conséquences sont dramatiques: plus d’une centaine de morts, dont 70 suicides (c'est pire en France...), et 864 tentatives de suicide en 2009.

Pendant 3 jours au mois d’août, sur l’initiative du Parti Radical, une centaine de parlementaires a effectué une "visite guidée" des prisons italiennes et a pu toucher du doigt la réalité des conditions de détention. Le ministre de la Justice Alfano, qui proposait il y a quelque temps d'ouvrir des prisons flottantes (carceri galleggianti) genre Alcatraz, a déclaré fin 2009 l’"état d’urgence" pénitentiaire et veut créer 80.000 nouvelles places, recruter 2.000 agents pénitentiaires supplémentaires et étudier de nouvelles formules alternatives à la détention.

 

Il y a quelque temps, Adriano Sofri (2) rappelait dans un article de la Repubblica, que, conformément aux normes européennes, les éleveurs de poulets doivent garantir aux gallinacés élevés en batterie un espace minimum, les vétérinaires étant unanimes à reconnaître qu’une densité de poulets trop élevée, surtout en été, peut provoquer la mort subite des volatiles à cause du stress et de la chaleur. La grande majorité des détenus a apparemment moins de chance que les poulets qu’on retrouve dans nos assiettes...

1. Un blog très intéressant consacré à la transexualité ou "transidentité".

2. Ancien responsable d'un mouvement d’extrême gauche durant les "années de plomb", Lotta continua, Adriano Sofri a été condamné à une peine de réclusion de 22 ans, étant considéré comme le commanditaire de l’assassinat en 1972 du commissaire de police Luigi Calabresi. Condamné définitivement et incarcéré en 1997, il a toujours refusé de demander sa grâce, se déclarant innocent; en semi-liberté depuis 2005, il est aux arrêts domiciliaires pour une grave maladie, écrit et publie régulièrement des articles dans la presse.

Publié dans Société

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