Kouka Garcia, le genre sans frontière

Publié le par Kouka.Garcia

La fondatrice de Pari-T se bat afin de faire connaître et reconnaître l’identité

des personnes transgenres. Itinéraire d’une militante venue d’Argentine

dans les années 1980 pour vivre sa liberté.

 

T58Plus de trente années passées en France n’ont pas effacé de sa mémoire l’Argentine, dont elle garde fidèlement la nationalité. Kouka Garcia, 57 ans, parisienne pur jus vivant dans un paisible quartier « cosmopolite et tolérant » du 20e arrondissement, n’y a pourtant jamais remis les pieds. La fondatrice de Pari-T, qui poursuit depuis plusieurs années

son rêve de créer une structure d’accueil de jour pour les personnes transgenres séropositives, a trouvé dans la capitale française son propre foyer, une vie de couple et un métier. Mais que l’on sollicite ses souvenirs et Kouka n’a aucune peine à faire revivre l’Argentine d’alors, berceau de son engagement.

 

Départ brutal.

 Son périple commence à 17 ans avec une séparation douloureuse. Employée chez un fleuriste dans sa ville natale d’Esperanza, Kouka quitte brutalement le foyer familial.

 

« Je me suis sauvée pour vivre mon identité à Buenos Aires, raconte-t elle. Je n’ai jamais revu ma famille. C’est un peu triste, car je voulais qu’elle me comprenne. »

 

Mineure et sans ressources, elle débarque dans la capitale.

 

« J’ai été embauchée dans une  pharmacie. J’ai trouvé un logement social à Soldati, un quartier de Buenos Aires. »

 

Elle passera plus de huit ans à assurer l’accueil téléphonique à la pharmacie, jusqu’à l’orée des années 1980.


L’Argentine est alors une dictature militaire. Trente ans

avant la légalisation du mariage homosexuel, les forces de l’ordre mènent la vie dure aux gays et aux transgenres.


« L’homosexualité était un délit. Les violences et les insultes

venaient moins des habitants que de la police. »

 

C’est à cette époque qu’elle rencontre Marcela Romero, l’actuelle présidente d’Attta (Asociación de travestis transexuales transgéneros de la Argentina).


« En Argentine on ne parle pas de militantisme. C’est dans la culture politique du pays. »

 

Un jour, alors qu’elle descend d’un bus, un policier la prend à part. « Il a affirmé que je me prostituais et m’a dit : “La prochaine fois, je t’embarque”. »


À 26 ans, Kouka décide de partir à nouveau. Ce sera cette fois en France.

 

« Quand j’ai pris l’avion, je ne savais pas si on me laisserait débarquer ; la seule chose que je souhaitais c’était voir la tour Eiffel. »

 

Le 8 décembre 1980, à 17 heures, Kouka pose le pied sur le sol français. Elle obtiendra l’asile politique.


Grâce à des connaissances, elle loge dans un hôtel meublé du 7e. Elle y vivra deux ans, durant lesquels, l’argent manquant, elle sera travailleuse du sexe près du stade Roland- Garros, dans le 16e.


« La clientèle était plutôt aisée. À cette époque, nous avions des relations cordiales avec la police. La seule condition, c’était d’être en règle. 

En France, il y avait moins de violences, moins d’insultes.

Pour moi, c’était le paradis. »

 

Puis Kouka rencontre son compagnon actuel.

 

Reconnaissance identitaire.

Au tournant des années 1990, les travailleuses du sexe sont décimées par le VIH.

Kouka se lance dans le militantisme.


« J’organisais des réunions avec des compatriotes. On voyait des personnes mourir les unes après les autres. »


C’est à l’occasion d’un dépistage par l’intermédiaire du Pastt (Groupe de prévention et d’action pour la santé et le travail des transsexuel[le]s) que Kouka rencontre Sonia Castelletti puis le Dr Camille Cabral, directrice fondatrice de l’association. 

Le Pastt développe des actions de prévention auprès des prostituées en sillonnant les bois à bord d’un bus. Kouka y devient bénévole et suit des formations sur les IST.

En 2000, elle devient médiatrice de santé publique au sein de l’association, qu’elle quittera en 2007.

 

« J’aicréé Pari-T en pensant qu’on ne pouvait pas lutter pour les travailleuses du sexe sans avoir d’abord lutté pour la reconnaissance identitaire des personnes transgenres. »


Kouka Garcia, qui travaille par ailleurs à l’Amicale du Nid, défend son projet « Chez moi », lieu d’accueil où les transsexuelles séropositives pourraient venir laver leurs affaires, boire un café et discuter.

 

« Je pense que la communauté trans peut s’organiser, c’est quelque chose que je souhaite voir avant de mourir, explique la fondatrice de Pari-T. Il suffit de changer la mentalité de quelques personnes.

 

                                                                                                                                           

Portrait par Vincent Michelon

Publié dans Société

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Commenter cet article

Phil 27/09/2011 11:38


Vous êtes un être exceptionnel.